Marcus Ventures

Les investisseurs dictent leurs conditions aux entrepreneurs

La Tribune

Il faudra désormais 6 à 9 mois à un créateur d’entreprise pour lever des fonds et offrir une large part du capital aux investisseurs. C’est le fameux retour de balancier.

C’est une période idéale pour un VC », affirmait Christine Commaford, partenaire chez Artemis Venture, lors de la conférence organisée par Red Herring. En effet, avec le crash successif des start-up Internet et de la Bourse américaine, les investisseurs sont redevenus les maîtres du jeu, au dépend des créateurs d’entreprise. « Le temps des jeunes entrepreneurs à peine sortis de leur adolescence avec simplement une idée en tête et aucun business plan, mais qui demandent plusieurs millions de dollars simplement pour essayer de la concrétiser, est révolu. Quand aux VC, pour les plus sérieux du moins, c’est une bonne période pour obtenir une plus large part du capital d’une start-up innovante, pour beaucoup moins cher qu’avant », ajoute-t-elle. Le taux des investissements est au même niveau qu’en 1999.

Ce sentiment est largement partagé par l’ensemble de la communauté des investisseurs qui a été durement touchée par l‘éclatement de la bulle financière. Selon une récente étude de l’association qui regroupe les VC américains, la National Venture Capital Association (NVCA), le montant des financements réalisés par les VC durant le premier trimestre de cette année est redescendu au niveau de celui enregistré lors de la même période en 1999, soit environ 11,7 milliards de dollars. Pour sa part, la Silicon Valley domine toujours le marché du capital, avec plus de 3,6 milliards de dollars investis durant les trois premiers mois de l’année, soit l‘équivalent des fonds investis dans les régions de Boston et de New York réunies. Malgré le ralentissement évident des investissements un tour de table prend désormais 6 à 9 mois les VC sont loin d’avoir jeté l‘éponge et n’hésitent pas à financer les start-up prometteuses. « Même si les VC sont avant tout concentrés à gérer leur portefeuille d’entreprises, ils n’ont pourtant pas arrêté d’investir dans de nouvelles technologies », explique Mark Hessen, le président de la NVCA.

Des fonds pour survivre. Cependant, le monde autrefois protégé des VC a été sérieusement touché par les récentes faillites des « dotcom ». « L’atmosphère devient désagréable. Les business angels ont pratiquement tous disparus, grillés par les nombreuses faillites des « dotcom ». D’autre part, à l’instar des jeunes entrepreneurs du dimanche, ce marché a aussi créé des VC sans expérience qui n’ont connu que la période faste de ces dernières années. Ils ont donc très peur et cherchent à tout prix à protéger leur investissement au dépend des autres VC », insiste Christine Commaford. Ces jeunes VC sont également réfractaires à investir de nouveau dans les entreprises de leur portfolio qui se portent mal et qui sont à la recherche de fonds supplémentaires pour survivre. « Ils préfèrent attendre leur faillite et récupérer quelques miettes après la vente de leurs actifs. Tandis que s’ils avaient étudié sérieusement la situation de l’entreprise, ils se seraient aperçus qu’un nouvel investissement pourrait la sauver ou bien qu’il serait plus avantageux de la fusionner avec une autre société du même secteur, également en difficultés », regrette Lucy Marcus, présidente du cabinet de consultants Marcus Venture. Les experts anticipent désormais une consolidation du secteur. « De nombreux VC prennent leur retraite, maintenant qu’il est beaucoup plus difficile de gagner de l’argent. Crosspoint Ventures, qui avait annulé l’année dernière un fonds d’un milliard de dollars en rendant l’argent aux investisseurs, en est un bon exemple », conclut Christine Commaford.

Jean-Baptiste Su, dans la Silicon Valley

Date

17 May 2001

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